Naissance des danses hip hop aux États Unis
Les danses hip hop apparaissent au début des années 70 dans les fêtes de rue des quartiers noirs et hispaniques de New York (le breakdance) et en Californie sur la Côte Ouest des États-Unis (les danses debout). L'apparition de nouvelles sonorités et de nouveaux rythmes a entraîné la création de nouveaux styles de danse : le locking avec le funk, le popping avec l'elecro funk, le breakdance avec ce qu'on appelait à l'époque la break music, et plus tard, le new style avec le rap west coast dans les années 90, la house danse avec la house music.....
Les danses au sol
Kool Herc, un des fondateurs de la culture hip hop, se rend compte que l'énergie des gens sur la piste de danse explose à certains passages d'une chanson, ceux où la ligne de basse et la ligne de batterie sont présents. Il décide donc de jouer ces passages en boucle. Il met le même disque sur deux platines et il passe ainsi d'un disque à l'autre pour répéter le même passage. Ce passage s'appelle un break, ou un breakbeat. Comme les premiers breakeurs fréquentaient beaucoup les soirées de Kool Herc, il leur a donné le nom de breakers ou b-boys (b pour break). Par extension, on utilisera le terme breakdance.
Pour valoriser la danse et captiver les jeunes, Afrika Bambaataa recruta 5 danseurs très doués et créa les Shaka Zulu Kings ou Zulu Kings. Les jeunes affluaient de partout pour participer aux événements de la Zulu Nation et les premiers crews commençaient à se former : les Bronx Boys, les Shanghal Brothers, les Seven Deadly Sinners, etc...
Avec les années 80, une nouvelle génération de danseurs fait son apparition et permet au breakdance, à travers le développement des battles, de connaître un grand essor. Les Zulu Kings restaient la référence, mais de nouveaux crews voyaient le jour : NYC Breakers, Dynamics Rockers, United States Breakers, Crazy Breakers, Magnificient Force... et surtout les Rock Steady Crew qui allaient révolutionner le break en créant de nouvelles figures (Backspin, Coupole, 1999, etc...).
Les danses debout
Parallèlement à la création du break, la côte ouest des États-Unis verra apparaître des danses comme l'electric boogie plus connu en France sous le nom de smurf, le locking crée par Don Campbell et inspiré du célèbre mime Marcel Marceau, figure populaire en France. Un groupe mythique, les Electric Boogaloos sous la direction de Boogaloo Sam a développé la danse debout avec de nouveaux styles dont le popping qui fit plus tard le succès de Michael Jackson.
Toutes ces danses debout appelées aussi Top Dance ou Funk Style ont été progressivement intégrées à la culture hip hop. Les précurseurs de la danse hip hop debout aux États-Unis sont : The Lockers, Electric Boogaloos, Mechanical Device, Black Resurgent.
Les danses hip hop en France
Le breakdance trouvera très vite un écho en France au début des années 80. La première apparition officielle du breakdance à Paris remonte à la tournée New York City Rap, organisée par Europe 1 en 1982, tournée dans laquelle est présent le Rock Steady Crew. À cette époque, la transmission des danses hip hop, des États-Unis vers la France, est indirecte et se fait via la radio : « Les jeunes venaient de plus en plus à la radio, ils voulaient apprendre à danser, ils venaient tous dans le hall de Radio France, et comme l'architecture de sol est lisse, ils venaient s'entraîner avec K-way » (Sidney, in Hugues Bazin, La culture hip hop, Paris, Desclée de Brouwers, 1995) et la télévision, grâce à l'émission sur le hip hop de Sidney diffusée sur TF1 qui a représenté « plus qu'un simple support de diffusion, un lieu de référence et de reconnaissance d'une culture émergente » (Hugues Bazin, op.cit).
Le film culte du mouvement hip hop « Beat Street » a eu un impact important sur les jeunes passionnés de danse hip hop. Sorti en France dans les années 80, il « légitimait une pratique naissante, il disait enfin que la rue pouvait produire une matière artistique » (Claudine Moise, Danseurs du défi, rencontre avec le hip hop, Paris, Indigène, 1999). La danse hip hop se pratiquait aux origines dans la rue, hors de tout cadre institutionnel. Les pionniers français s'entraînaient dans les cages d'escalier, dans des lieux comme le Trocadéro, le Centre Paco Rabanne, les Halles, Saint Michel, le terrain vague de la Chapelle, le Bataclan, les discothèques. Progressivement, le mouvement hip hop underground, représenté par des jeunes issus des quartiers difficiles, a su faire déplacer la danse hip hop de la périphérie vers le centre, autrement dit vers la culture légitime. Claudine Moise décrit très bien ce phénomène : « Les danseurs très vite, ont été amenés à redéfinir les frontières de leur propre territoire de danse, à sortir de leur bloc d'immeuble. La danse hip hop s'inscrit dans l'espace ouvert de la rue, dans des centres villes, pour se donner à la vue de tous, ne plus être en relégation. L'espace urbain n'a pas de limites » (Claudine Moise, op.cit.) Malgré un passage à vide à la fin des années 80, du en partie à l'arrêt de l'émission de Sidney, certains danseurs, véritables passionnés, continuent de pratiquer cette danse. Le début des années 1990 marque un renouveau d'intérêt pour le hip-hop. D'une part, de nombreuses compagnies se créent, des festivals hip hop commencent à faire timidement leur apparition, et de l'autre part, les politiques et les institutionnels commencent à saisir l'enjeu politique de ce mouvement et certains chorégraphes contemporains utilisent des mouvements de danse hip hop ou des danseurs hip hop dans leurs créations.
La danse hip hop française n'est pas une copie conforme du mouvement américain. Elle a son propre langage, moins démonstratif et possède un souci plus fort de la scénographie. L'évolution de la danse hip hop en France va vers la mixité des écritures chorégraphiques, même si à l'origine certains danseurs était réticents à s'ouvrir à d'autres formes de danse de crainte d'y perdre un peu de leur âme ou leurs valeurs. Aujourd'hui, les compagnies hip hop françaises remplissent les salles de théâtre et se produisent partout dans le monde. En pleine mutation, la danse hip hop cherche aujourd'hui le bon placement sur la scène contemporaine française, en tant qu'art chorégraphique à part entière.